Bach sous l'orage
Le midi, certains jours, je pique-nique dans ma voiture car ça serait trop loin, bon bref... il y a parfois des moments irréels, magiques, qui nous transportent dans un autre univers :
1è ambiance :
Début d'un CD de Bach, le temps est beau et chaud, trop même, ils ont d'ailleurs annoncé à la météo des températures quasi-caniculaires pour aujourd'hui. Toutes les vitres de la voiture sont ouvertes, et un papillon rentre par la fenêtre passager, virevolte pour ressortir du côté conducteur. L'air est vraiment lourd, mais la pause est appréciable, au son du Concerto Pour 2 Violons (Vivace) qui propose un tableau aussi riche et vibrant que l'air autour de moi qui bourdonne de petites vies d'insectes : une coccinelle sur le pare-brise, deux papillons blancs qui se pourchassent comme dans Blanche-neige, des moucherons autour du rétro avant droit, je viens de terminer mon sandwich et je me repose en pensant à la fraîcheur de ce soir, quand je serai rentrée chez moi. En attendant, je guette le moindre courant d'air dans la voiture surchauffée pendant que les instruments tissent des dentelles de notes qui s'entremèlent et se répondent, se coupent la parole, dialoguent et se fondent pour mieux exploser en fontaines, en guirlandes sonores.
2è ambiance :
Mais avant que je ne m'en rende compte, le ciel a commencé à s'assombrir, et bientôt, je dois me calfeutrer à l'abri : il pleut. De grosses gouttes tambourinent bientôt sur les toits et les vitres, je dois monter le son de l'auto-radio. Pas moyen d'entrouvrir quelque chose sans être inondée, il fait pourtant chaud. Voilà que le CD joue la Suite Pour Orchestre N 2, où la flûte papote avec les cordes. La légèreté cristalline de la flûte résonne au dessus du bruit des gouttes et de l'orage qui a éclaté et contraste étrangement avec les éclairs et le tonnerre qui entourent ma bulle. Pas forcément très rassurée par le fracas des éléments, je laisse la musique me porter.
3è ambiance :
Vers la fin du CD, l'orage s'est calmé, je m'aventure à entrouvrir une fenêtre, puis deux, mais ça ne suffit pas à créer un courant d'air. Lassée de cuire à l'abri, pour me rafraichir je sors de la voiture sous les dernières gouttes de la pluie pendant que l'auto-radio joue le prélude de la Suite Pour Violoncelle Seul N 1. Et sous la fin de l'orage qui mouillait à peine, au son du violoncelle sur les feuilles et l'herbe détrempés, comme les insectes commençaient à ressortir de leurs abris, je crois bien que le temps s'est arrêté...